Modalités et structures causales

dans la philosophie des principes de Damascius

Alexandru Pelin, Academia: Baden-Baden, 305 p., 2021

Description

Le présent livre est audacieux et marque, à n’en pas douter, une avancée pour les recherches sur la pensée de Damascius. Tiré de la thèse de doctorat de l’auteur, le livre interroge le concept de causalité comme procession dans le Traité des premiers principes (De principiis) de Damascius. Pelin entend se distancier de ce qu’il estime être une tendance dominante des études damascéennes (p. 32-33) : plutôt que de lire le De principiis dans une perspective épistémologique et d’y voir une enquête sur la nature de la pensée ainsi que sur la manière dont nous pensons les principes, Pelin adopte un point de vue qu’il qualifie de métaphysique (p. 32) et soutient que Damascius n’interroge pas en priorité notre pensée des principes, mais plutôt leur réalité (p. 49). Ce faisant, Pelin développe une lecture du De principiis que nous qualifierions de réaliste : il considère les relations entre les trois principes que sont chez Damascius l’un-tout (ἕν πάντα), le tout-un (πάντα ἕν) et l’un-être (ἕν ὄν) comme des relations réelles entre des entités qui, quoique se référant à l’un comme à un même « substrat », comme le dit Pelin, n’en sont pas moins trois modalisations distinctes du principe. Cette approche contraste avec celle de nombre d’études. Pelin ne s’appesantit ni sur l’aporétique radicale du début du traité, ni sur les méditations de Damascius quant à l’ineffable. Il s’intéresse plutôt à la doctrine des principes et aux articulations que Damascius esquisse entre eux. C’est donc une étude d’envergure de zones jusqu’ici peu étudiées du De principiis que propose Pelin.

(Texte de la maison d’édition) 

Table des matières

Titelei/Inhaltsverzeichnis (p. 1-14)

Présentation (Gerd Van Riel) (p. 15-18)

Introduction (p. 19-46)

La causalité posée par Platon

La causalité posée par les néoplatoniciens

Qui est Damascius parmi les néoplatoniciens

Qu’est-ce que cette étude démontre?

Structure de l’argument

Vocabulaire

  1. Le passage du tout d’une modalité à l’autre, p. 47 – 112
    1. Le rôle du tout dans la philosophie de Damacius
      1. Le traité de Damascius porte sur la causalité première
      2. La coordination par réalisation dans la définition du tout
      3. L’ineffabilité, problmème de la pensée, ou réalité du principe?
      4. Les homonymes en tant que résultats du calcul de la distinction
      5. L’ineffabilité en tant qu’absence
      6. Le tout comme renversement de l’absence (αθετος) de l’ineffable
      7. La relativité et les modalités comme effets de l’ineffable
      8. Résumé
    2. La morphologie de la causalité dans le tout
      1. Les états relationnels: procession, manence, conversion
      2. La distinction réciproque et son reflet dans les états relationnels
      3. La causalité en série et les trois activités: la manence, la procession et la conversion
      4. La coordination par réalisation ou la distinction verticale
      5. Le tout et la distinction
      6. Résumé
    3. La causalité comme proprieté du tout
      1. La ετεροτης différente – variable dans l’opération de distinction
      2. La distinction comme fondement de la relativité des principes (l’un-tout, l’unifié)
      3. L’aporie de la double manence et le déploiement de la fonction
      4. La transcendance constitutive de l’un
      5. Résumé
    4. Conclusion du premier chapitre
  2. La triade, un tout uniforme. p. 113-196
    1. La naissance historique de la coordination par réalisation
      1. Introduction à l’histoire de la triade intelligible
      2. La généalogie de la question du nombre des principes vue par leur coordination dans la triade : l’apport des néopythagoriciens
    2. Damascius en dialogue avec ses prédécesseurs
      1. La radicalité de la séparation de l’origine : Porphyre le précurseurs de Damascius
      2. La nature double du principe premier
      3. La réception de Porphyre par Damascius
      4. La réception de Jamblique, Syrianus et Proclus
      5. Résumé
    3. La théorie des principes de Damascius par rapport à ses prédécesseurs
      1. La symphyse de Jamblique à l’origine de l’unifié
      2. Gradualité et totalité dans la relativité du tout
      3. La réalisation de l’unité dans le gout :  gradualité et hiérarchie
      4. Être la manence même c’est être sa définition
      5. L’operation de réalisation du multiple par la distinction
      6. La coordination par réalisation dans le tout
      7. Les modalités comme effet relativiste
      8. La révolution de la coordination unique : la causalité relativiste
      9. Résumé
    4. La théorie consolidée de l’un comme tout et l’un comme opération
      1. Le schéma de l’opposition
      2. La symétrie en tant que fondement de la complétude du principe
      3. Le ressort de l’ineffabilité du premier
      4. Résumé
    5. La théorie de l’un comme opération du non-être à l’être
      1. La coordination par réalisation vue comme projection à partir de l’un
      2. L’un pur et les plusieurs purs
      3. La définition revisitée de l’un-plusiers pur, et sa position
      4. L’architecture des principes comme effet de la coordination par réalisation
      5. La définition du tout en tant que manière de proliférer comme multiple
      6. Les caractères des principes
      7. La méthode pour approcher les principes est l’effet de la reltivité
      8. Rendre compte de l’origine par l’ingénierie inversée
      9. Πανταχου le caractère des modalités et le domaine de l’un comme tout
      10. La coordination par réalisation comme projection dans le jeu un-tout, tout-un
    6. Conclusion du deuxième chapitre
  3. La médiation du non-être a l’être,  p. 197-276
    1. L’unifié et l’assimilation de la distinction verticale
      1. Le miste comme domaine de la fonction
      2. L’unifié comme calcul de la causalité
      3. La synthèse du calcul et du domaine dans les niveaux de l’unifié
      4. L’unifié et son caractère réflexif : l’horizontalisme en tant que source de procession
      5. Résumé
    2. La propriété en tant que cause et l’effet comme modification
      1. Les propriétés comme repère des opérations
      2. L’unitaire et le substantiel
      3. Les modifications comme effet de l’altérité
      4. Résumé
    3. La relation entre les modifications et les propriétés dans l’unifié comme être
      1. La propriété de l’être et l’opération de médiation en tant que réalisation de l’un
      2. La fonction come moyen d’unification d’une totalité dans différents états de réalisation
      3. La relativité de l’unifié
      4. Substantialité relativiste
      5. La définition de l’unifié comme substance
      6. Conclusion du troisième chapitre
  4. Conclusions et perspectives philosophiques, p. 277-294
    1. Conclusions
    2. Perspectives philosophiques
  5. Bibliographie
    1. Sources antiques
    2. Ouvrages
    3. Articles

Lien : https://www.nomos-elibrary.de/10.5771/9783896659064/modalites-et-structures-causales-dans-la-philosophie-des-principes-de-damascius?hitid=1&search-click

Occupations quotidiennes et pratiques du corps

dans les biographies néoplatoniciennes

Thèse pour obtenir le grade de docteur de l’École Pratique des Hautes Études, Discipline Philosophie

Présentée et soutenue par Maël Goarzin, le 11 décembre 2021

 

Sous la direction de : Philippe Hoffmann, Directeur d’études, Ecole Pratique des Hautes Etudes; Mme Alexandrine Schniewind, Professeur ordinaire, Université de Lausanne

Membres du jury : Dominic O’Meara, Professeur ordinaire émérite, Université de Fribourg; Xavier Pavie, Professeur enseignant, Essec Business School;  Constantin Macris, Chargé de recherche, CNRS (CR1); Philippe Hoffmann, Directeur d’études, Ecole Pratique des Hautes Etudes; Alexandrine Schniewind, Professeur ordinaire, Université de Lausanne

Description

Ce travail a pour but de montrer la dimension pratique du mode de vie philosophique défendu par les auteurs néoplatoniciens de l’Antiquité tardive à partir des textes biographiques de Porphyre (Vie de Plotin), Jamblique (Sur le mode de vie pythagoricien), Eunape de Sardes (Vies de philosophes et de sophistes), Marinus (Proclus ou sur le bonheur) et Damascius (Histoire philosophique). Dans l’histoire de la philosophie grecque, le néoplatonisme peut être considéré comme l’apogée de la construction théorique ou dogmatique. Mais la philosophie néoplatonicienne est aussi un mode de vie qui se concrétise, jour après jour, par un certain nombre d’occupations (epitêdeumata) liées à l’ascension et à la divinisation de l’âme d’une part, et aux nécessités de la vie de l’âme incarnée, située dans le monde sensible, d’autre part. L’usage du terme epitêdeumata dans l’histoire de la pensée antique permet de montrer l’importance des occupations quotidiennes dans la mise en œuvre du mode de vie philosophique. En outre, l’étude des occupations quotidiennes des philosophes néoplatoniciensrend particulièrement visible la dimension pratique de la philosophie antique et du néoplatonisme considéré comme mode de vie.

Les textes biographiques néoplatoniciens, par leur fonction d’exemplum et leur dimension parénétique, permettent de reconstituer de manière concrète le mode de vie idéal des philosophes néoplatoniciens et les différentes occupations (epitêdeumata) qui rythment leur vie quotidienne. Ils permettent de présenter aux lecteurs la figure idéale du sage d’une part, et de persuader le lecteur d’imiter le mode de vie présenté d’autre part, à partir d’un ou plusieurs exemples de concrétisation de ce modèle, montrant ainsi la mise en pratique du discours philosophique dans la vie quotidienne des philosophes.

L’étude des occupations quotidiennes des philosophes néoplatoniciens montre également que leur mode de vie n’est pas seulement tourné vers l’intelligible, la fuite du corps et du monde sensible, mais qu’il y a bien une prise en compte de la place du philosophe ici-bas. Plus particulièrement, les pratiques du corps sont un exemple frappant de cet intérêt des philosophes néoplatoniciens pour la vie quotidienne. Elles montrent clairement l’inscription des philosophes néoplatoniciens dans le monde sensible, et la double orientation du sage vers le monde sensible et le monde intelligible. Les occupations du philosophe liées au corps sont à la fois le témoignage de son inscription dans la vie quotidienne (en tant qu’âme incarnée, le philosophe doit prendre soin de son corps), le moyen de se détacher du monde sensible (la divinisation de l’âme du philosophe passe par la pratique ou la contemplation des belles occupations), et le reflet de la condition du philosophe (lorsqu’il est tourné vers le divin, les occupations du philosophe manifestent l’état de son âme).

Notre travail propose ainsi un parcours allant du général au particulier, de la place des occupations (epitêdeumata) dans le mode de vie philosophique à la place des pratiques du corps dans le mode de vie néoplatonicien, en passant par la dimension pratique du mode de vie néoplatonicien visible dans les récits de vies exemplaires de notre corpus. En resserrant progressivement notre objet d’études, nous souhaitons apporter notre contribution à l’étude de la philosophie antique comme manière de vivre (chapitre 1), à l’étude du néoplatonisme comme mode de vie (chapitre 2) et à l’étude du mode de vie néoplatonicien idéal (chapitre 3). En outre, chaque chapitre, à partir d’une perspective légèrement différente, contribue à montrer la dimension pratique du mode de vie néoplatonicien idéal et l’attention accordée par les philosophes néoplatoniciens aux réalités du monde sensible et à la vie quotidienne, objectif principal de ce travail.

(Texte de l’auteur) 

Lien

https://biospraktikos.hypotheses.org/5711

The First Principle in Late Neoplatonism.

A Study of the One’s Causality in Proclus and Damascius

Jonathan Greig, Leiden: Brill, 2020

Description

In The First Principle, Jonathan Greig examines the philosophical theology of the two Neoplatonists, Proclus and Damascius (5th–6th centuries A.D.), on the One as the first cause. Both philosophers address a tension in the Neoplatonic tradition: namely that the One was seen as absolutely transcendent, yet it was also seen as intimately related to other things as the source of their unity and being. Proclus’ solution is to posit intermediate causes after the One, while Damascius posits a distinct principle, the ‘Ineffable’, above the One. This book provides a new, thorough study of the theories of causation that lead each to their respective position and reveals crucial insights involved in a rigorous negative theology employed in metaphysics.

(Text from the publisher)

Table of contents 

Preface

Introduction

Chapter 1 The Background to Proclus and Damascius

Chapter 2 Proclus’ Causal Framework

Chapter 3 Damascius’ Causal Framework

Chapter 4 Proclus on the One’s Causality

Chapter 5 Damascius on the One’s Causality and the Ineffable

Conclusion

Bibliography

Index Locorum

Index Rerum

Link: https://brill.com/view/title/58810

 

Damascius et l’ineffable

Marilena Vlad, Paris: Vrin, 2019, 228 p.

Description

Un nouveau livre sur Damascius vient de paraître : Damascius et l’ineffable: Récit de l’impossible discours (Paris, Vrin, coll: « Histoire des doctrines de l’antiquité classique », 2019, 228 p. ISBN 978-2-7116-2873-5).  L’auteur, Marilena Vlad, est docteur de l’École Pratique des Hautes Études et chercheuse à l’Institut de philosophie « Al. Dragomir » de Bucarest, elle a traduit en roumain Damascius, Plotin et Pseudo-Denys l’Aréopagite. Cet ouvrage part d’une question simple dans son énoncé et pourtant complexe dans sa solution : c’est la question du principe unique et absolu du tout. Pourquoi et comment en parler? En quoi résident sa nécessité, son importance et son sens pour la pensée? Cette question trouve une réponse radicale à la fin de la tradition néoplatonicienne, notamment chez Damascius, dans son Traité des premiers principes. Bien que ce problème ait toujours été présent sous le calame des philosophes héritiers de Platon (à commencer par Plotin), ce n’est qu’à la fin de cette tradition – et dans sa phase éminemment critique – que le principe premier a été abordé frontalement, par l’entremise du doute radical, afin d’en acquérir une certitude ultime et d’identifier sa présence subtile dans la réalité, ainsi que dans la pensée elle-même.