Les sources gnostiques de l’épistémologie transcendantale dans le commentaire anonyme sur le Parménide

 Zeke MAZUR

« …. Grâce à cet exercice, il pourra t’arriver un jour, si tu te détournes aussi de la pensée des choses qui ont été constitués par lui, de t’arrêter à la prénotion indicible que nous pouvons avoir de lui, qui le représente par le silence, sans même qu’elle sache qu’elle se tait, sans qu’elle ait conscience du fait qu’elle le reflète, en un mot sans qu’elle sache absolument quoi que ce soit, elle qui est seulement image de l’Indicible, parce qu’elle est l’Indicible d’une manière indicible, et non pas en tant qu’elle connaîtrait l’Indicible, si tu peux comprendre au moins d’une façon imaginative, la manière dont je peux le dire. […]. »

Le passage décrivant l’appréhension du Premier principe dans l’Anonyme de Turin, p. 2, fol. 91v, lignes 14–31–– surtout la phrase étendue στῆναι ἐπὶ τὴν αὐτοῦ ἄρρητον προ{σ}έννοιαν τὴν ἐνεικονιζομένην αὐτὸν διὰ σιγῆς… ἀλλ’ οὐχ ὡς γιγνώσκουσαν et seq.–– emploie plusieurs concepts que l’on trouve largement diffusés dans les sources gnostiques.

Pour en donner quelques exemples parmi d’autres: [a] la stasis transcendantale; [b] le néologisme pro<t>ennoia dénotant la première émanation pre–noétique, qui existe [c] en étroite relation avec la Silence; [d] la saisie de l’inconnaissable par “l’inconnaissance” mystique; et [e] l’assimilation contemplative au Premier principe par la moyen d’une eikôn dans l’âme, cet eikôn étant une intermédiaire qui réplique l’étape moyenne du déploiement primordiale du Deuxième principe par l’auto–réflexion du Premier. D’abord on peut constater que quelques éléments de cette épistémologie transcendantale ont des parallèles chez Plotin dans le contexte antignostique du Großschrift (par exemple, dans le traité 31 [V.8]), mais aussi dès la première période de sa production (dans les traités 1 [I.6] et 9 [VI.9]). Il est donc significatif que les témoins gnostiques à ces concepts–– concepts, d’ailleurs, en dehors de la célèbre triade noétique bien connue par les séthiens platonisants–– consistent non seulement des textes séthiens probablement connus par Plotin et son entourage–– comme l’Allogène (NHC XI,3) et Zostrien (NHC VIII,1)––  mais dont la chronologie est néanmoins sujet à controverse, mais aussi des sources plus ou moins certainement preplotiniens–– comme, par exemple, le compte rendu d’Hippolyte sur l’Apophasis megalê simonien (Refutatio omnium haeresium VI.12–18), le Protennoia trimorphe (NHC XIII,1), et l’Évangile des égyptiens (NHC III,2 et IV,2)–– où l’usage des termes techniques et des schémas analogues correspond étroitement avec la métaphysique gnostique. Cette constatation nous exigera de remettre en cause la date et la paternité de l’Anonyme aussi bien que sa situation par rapport à Plotin et Porphyre de l’un côté et les séthiens platonisants de l’autre.

Texte fourni par l’auteur

 

 

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